29 avril 2006

[BG-2] Mille et une histoires -10-

Aredhel avait du mal à garder son calme. Depuis sa rupture avec Brekilien les choses n'avaient pas tellement avancé mais elle tenait enfin une piste. Dans d'autres lieux elle avait entendu bien des histoires au sujet de Bruine, et elle était tiraillée entre le désir d'en finir avec elle rapidement, et la peur de se confronter à un pouvoir qui la dépasserait probablement. Si Bruine l'avait toujours… L'elfe sauvage fut choquée quand elle remarqua que les Qeynosiens avaient pratiquement oublié l'existence de leur héroïne. Un instant elle eut même la sensation de comprendre un peu mieux sa fille, car elle aussi se sentait hors de cette époque. Toutes deux appartenaient à un autre âge. Même les elfes semblaient avoir oublié l'histoire.

Pourtant Aredhel souvenait de tout. Elle se remémora alors avec exactitude ce qui l'avait amenée là, les choix qu'elle avait dû faire, la passion qui l'avait animée et puis l'amertume et la haine qui l'avaient aidée ensuite à tout supporter. Puis elle fit comme elle avait l'habitude, elle chassa ses pensées inutiles de son esprit, fit taire la douleur qu'elle sentait poindre dans sa poitrine, et se remit en marche.

L'affaire devenait intéressante. Elle était parvenue à savoir qui fournissait Bruine en papier, et dans l'échoppe de ce nain imbécile elle avait tout de suite remarqué le bocal qui contenait ce que Bruine viendrait chercher rapidement : ces herbes mélangées qui, infusées avec une écorce particulière, permettaient d'atténuer les plus grandes douleurs, malgré d'autres effets néfastes et dangereux… Elle n'avait plus qu'à attendre.

Depuis elle surveillait personnellement la boutique de ce Ogrebane. La nuit tombante, elle entrait, en face, dans l'appartement d'un couple de kerra qu'elle avait soudoyé. Depuis leur balcon, elle pouvait à loisir surveiller les allées et venues.
Et ce soir là fut son soir de chance. Elle se mettait en place quand elle vit sa fille pénétrer dans la boutique. Bruine en ressortit quelques minutes plus tard. Aredhel était déjà redescendue et se mit à la suivre. Bruine longea les murs tâchant de rester dans la pénombre. Aredhel pressa le pas silencieusement, et dès qu'elle fut à hauteur, elle sauta sur la rôdeuse pour la pousser contre un mur dans l'ombre d'une porte cochère.

Surprise, Bruine ne pu esquiver le premier coup de dague. Sa mère essaya de l'immobiliser, mais ses réflexes de combats reprirent le dessus, et elle se dégagea en feintant de tomber au sol. Elle fit une roulade et se rétablit rapidement sur ses jambes. Bruine sortit une dague de sa botte. Les deux femmes se regardèrent un instant, face à face, prêtes à bondir pour fendre ou pour feinter.

Aredhel ne pouvait pas courir le risque de laisser sa fille incanter, elle se jeta sur elle la première, visant le cœur. Bruine para la lame en empoignant l'avant bras de sa mère, mais ne put empêcher le choc. Aredhel se récupéra sur elle. Les deux femmes roulèrent au sol. Bruine ne parvint pas à repousser sa mère, pourtant bien moins lourde qu'elle, et se retrouva rapidement couchée sur le dos sans pouvoir bouger. Sa blessure au flanc lui faisait un peu mal.

La Fierd'Al, assise sur sa proie, se rendit soudain compte de son état. Bruine soufflait et suait. Malgré la pression des mains de sa mère, ses bras tremblaient légèrement. Elle était visiblement en manque.
Aredhel eut un sourire, et maintenant Bruine au sol, elle fit jouer un instant sa lame sur la joue de sa fille.
- Petite pimbêche, voici l'heure de ta mort venue dirait-on.

27 avril 2006

[BG-2] Mille et une histoires -9-

Trois jours plus tard Bruine se risqua enfin à sortir. Elle n'avait plus le choix de toutes façons puisque son stock d'infusion était épuisé. Accoudée au chambranle de la porte d'une échoppe, elle regardait son fournisseur habituel qui préparait son paquet.

Le nain Roufrack Ogrebane, honnête commerçant, s'était porté à son service, s'il on peut dire, quand elle était revenue en ville, après le fracassement. Bruine à ce moment là avait été assez gênée, et puis finalement elle s'était habituée à la présence de cet "aide de camp" à ses côtés. Le nain lui avait juré fidélité en mémoire de son père qu'elle avait sauvé pendant la guerre, et elle n'était pas en mesure de refuser l'aide de quiconque. Elle consommait déjà ces infusions régulièrement. Roufrack, bien que fermement opposé à ce genre de pratique, lui fournissait cependant ce dont elle avait besoin, mais elle ne savait pas pourquoi.

Ensuite elle s'était tenue cloîtrée chez elle, Roufrack venait la voir discrètement parfois, pour lui amener du papier aussi. Et puis au retour de Brekilien, il avait espacé ses visites…

Sans un mot le commerçant lui remis un paquet, il était attristé de voir ainsi la "Capitaine" - c'est ainsi qu'il l'appelait en référence à son grade dans l'armée de Qeynos - se ruiner la santé. Bruine enfourna le tout dans sa besace qui ne la quittait pas.
- Je n'ai pas pu emporté d'argent avec moi, mais si vous voulez vous pourrez en trouver à l'Auberge du Rameau à la place habituelle. Fit-elle.
- Pourquoi n'êtes vous pas venue me trouver quand vous êtes partie ? Vous savez bien que je vous aurais trouver un endroit sauf ou vous auriez pu emporter vos affaires…

Roufrack n'était pas parvenu à déguiser son ton de reproche, et Bruine s'en rendit compte. Elle se demanda un instant s'il était offusqué qu'elle n'ait pas recouru à ses services plutôt qu'à ceux de Kylion…

Elle sourit tristement et dit :
- Avez vous eu récemment la visite d'une elfe des bois richement vêtue, d'une grande beauté, le regard clair et des manières un peu apprêtées ?
- si fait, répondit Roufrack. Elle m'a demandé si je pouvais lui fournir un anti-douleur puissant. Je lui ai répondu que je n'étais pas herboriste.
- C'est elle que je fuis. Lui confirma Bruine en se dirigeant vers la porte.
Le nain secoua la tête d'un air désolé.
- Ma Capitaine…
Arrivée sur le palier, elle se retourna avant de sortir.
- Je ne porte plus ce titre depuis plus de 10 ans, Ogrebane. Fit elle doucement. Appelez-moi Bruine plutôt puisque vous vous dites mon ami.

Elle sortit sans attendre la réponse du nain, et longea les murs de la ruelle. La nuit tombait à peine et les ombres portées par les lumières de la ville, encore faiblement allumées, lui permettrait de se rendre discrètement chez Kylion.

Le jeune humain l'avait littéralement harcelée de questions. A ces yeux il n'était qu'un gamin, et pourtant elle sentait en lui le souvenir de l'humain qui s'était occupé d'elle enfant. Malgré son jeune âge Kylion s'était révélé très calme et posé, quoiqu'un peu sec. Et intraitable aussi, au sujet de ses infusions répétées, notamment. Bruine devait quitter sa cachette bientôt car la cohabitation s'avérerait rapidement impossible.

Elle s'était arrangée pour lui donner le moins d'informations possible, ce qui avait partiellement apaisé la curiosité du jeune homme :
" Un agent de D'Lere est en ville, il me cherche. Il veut récupérer un artefact qui est en ma possession. Je n'ai jamais réussi à le faire fonctionner ni même à déterminer à quoi il servait, mais dans le doute je ne veux pas qu'il tombe entre des mains ennemies."

Kylion avait examiné l'objet et ne lui avait rien trouvé de particulier, pas plus que tous les experts qu'elle avait déjà consultés. Bruine avait obtenu ce petit bijou d'une façon tellement étrange qu'elle ne parvenait pas à accepter que ce put être seulement ce à quoi ça ressemblait : une larme de verre translucide, montée sur une chaînette dorée. Et le fait que sa mère cherche à obtenir l'objet la confortait dans son idée.

Bruine espérait sans y croire que sa mère se lasserait de la chercher et qu'elle quitterait la ville. Malgré toutes les drogues qu'elle pouvait ingurgiter, elle savait qu'elle devrait affronter sa mère un jour ou l'autre, et elle savait qu'elle y perdrait probablement la vie. Mais pour de bon cette fois.