[BG-2] Mille et une histoires -6-
Brekilien était assis sur une caisse, et lisait en diagonale les feuillets noircis de la veille, fronçant par moment les yeux pour déchiffrer les lettres tordues par l'empressement.
Quelque chose en lui était différent cette fois, quelque chose d'impalpable. La rôdeuse tendit ses sens, faisant appel à ce qui lui restait de la forme du loup. Comme elle s'approchait de Brekilien, celui-ci se redressa et posa sur la table les parchemins qu'il avait rassemblés.
- Louve ? souffla-t-il, en reconnaissant immédiatement la démarche et la posture de Bruine.
Bruine s'approcha encore de quelques pas, concentrée à l'extrême. Elle cherchait quelque chose, comme une aura, qui émanerait de son ami, comme une odeur.
Une odeur !
Bruine ouvrit de grands yeux quand elle se rendit compte de ce qu'elle venait de réaliser. Au même instant exactement Brekilien comprit, ses yeux rivés dans ceux de son amie, ce qui lui passait par la tête.
- Tu sens... tu sens Elle ! s'exclama Bruine incrédule.
Pour toute réponse, l'elfe étendit ses sens à son tour comme l'avait fait Bruine. Ses pensées se heurtèrent rapidement à celles de son amie. Il ressentit sa colère comme les questions de Bruine le percutaient sèchement. Toujours suspendu à son regard, il lui répondit sans détour.
Que cherche la femelle ?
La femelle chasse la louve.
Que veut le loup ?
Le loup prend la femelle.
Mauvaise femelle.
Le loup ne craint pas la femelle. Que la louve s'apaise.
- Je quitte l'auberge ce soir, ne me cherches plus ici. Finit par articuler Bruine.
Brekilien acquiesça, il cessa d'être le loup et voulu saluer son amie pour l'apaiser. Mais la rôdeuse, la mâchoire toujours serrée, les yeux plissés et les narines dilatées, évita le contact de sa main tendue. Il savait bien que si Bruine avait encore eu le pouvoir de se transformer, elle l'aurait mordu.
Il quitta la pièce en soupirant pour dissimuler son sourire. Il venait de retrouver Bruine...
Aredhel était encore en ville ! Elle harcèlerait sa fille jusqu'à obtenir l'objet de sa convoitise... La rôdeuse choisit d'éviter la confrontation autant que possible. Incapable de réfléchir plus avant, Bruine se sentait acculée. Elle pensa un instant fuir la ville, quitter l'enceinte des murs protecteurs... Mais elle se ravisa, devant ses yeux défilaient encore des images de terreur.
Bruine ne pris rien qui pu l'encombrer, en dehors d'une lame et de ces herbes. Elle laissa là toutes ses affaires y compris son armure, ses bottes et son arc. Puis elle ouvrit la fenêtre, poussa un peu le volet. Le jour diminuait et bientôt les éclats de la lunes illumineraient la nuit.
En attendant qu'il fasse noir, elle rêva distraitement de Sharval, de ses palais élégants, et des rues qu'elle avait si souvent arpentées... Puis comme toujours des images plus douloureuses vinrent la hanter. Sa mère était donc encore en ville, trissant sa toile pour récupérer ce qu'elle convoitait depuis qu'elle en connaissait l'existence. Une Larme de verre. Bruine avait reçu l'objet en même temps que le reste quand cette Présence s'était imposée à elle. C'était avant. Avant l'horreur, avant ses chairs brûlées, avant la mort de ses ennemis. Avant la fin du monde. L'Ayr'Dal avait perdu tout ce qu'on lui avait donné, mis à part cet objet de verre qu'elle ne savait pas utiliser.
Aredhel ne l'aurait pas.
L'air plus frais s'engouffra bientôt dans sa chambre, la ramenant doucement à la réalité. Elle enjamba le bord de la fenêtre, et d'un bond fut dans la rue. Ses pieds nus ne firent pas un bruit dans l'herbe, et elle se fondit dans l'ombre.






