25 février 2005

[BG-2] Mille et une histoires -6-

Deux jours plus tard Brekilien était revenu prendre de ses nouvelles. Bruine était encore partagée entre le désir d'exorciser ses démons et la peur de les voir s'imposer à elle si jamais elle y faisait allusion. Son vieil ami restait silencieux et posait peu de question, parfois il lui parlait des Loyalistes de Katta Castelum et de ce rêve qu'il avait caressé avec eux de voir enfin la paix s'établir. Mais ce jour-là, Bruine sentait bien que le vieil elfe taisait des questions plus pressantes. Elle fit mine de ne pas s'en rendre compte, bénissant, pour une fois, l'impassibilité habituelle de son ami.

Brekilien était assis sur une caisse, et lisait en diagonale les feuillets noircis de la veille, fronçant par moment les yeux pour déchiffrer les lettres tordues par l'empressement.
Quelque chose en lui était différent cette fois, quelque chose d'impalpable. La rôdeuse tendit ses sens, faisant appel à ce qui lui restait de la forme du loup. Comme elle s'approchait de Brekilien, celui-ci se redressa et posa sur la table les parchemins qu'il avait rassemblés.
- Louve ? souffla-t-il, en reconnaissant immédiatement la démarche et la posture de Bruine.
Bruine s'approcha encore de quelques pas, concentrée à l'extrême. Elle cherchait quelque chose, comme une aura, qui émanerait de son ami, comme une odeur.

Une odeur !

Bruine ouvrit de grands yeux quand elle se rendit compte de ce qu'elle venait de réaliser. Au même instant exactement Brekilien comprit, ses yeux rivés dans ceux de son amie, ce qui lui passait par la tête.
- Tu sens... tu sens Elle ! s'exclama Bruine incrédule.
Pour toute réponse, l'elfe étendit ses sens à son tour comme l'avait fait Bruine. Ses pensées se heurtèrent rapidement à celles de son amie. Il ressentit sa colère comme les questions de Bruine le percutaient sèchement. Toujours suspendu à son regard, il lui répondit sans détour.
Que cherche la femelle ?
La femelle chasse la louve.
Que veut le loup ?
Le loup prend la femelle.
Mauvaise femelle.
Le loup ne craint pas la femelle. Que la louve s'apaise.

- Je quitte l'auberge ce soir, ne me cherches plus ici. Finit par articuler Bruine.
Brekilien acquiesça, il cessa d'être le loup et voulu saluer son amie pour l'apaiser. Mais la rôdeuse, la mâchoire toujours serrée, les yeux plissés et les narines dilatées, évita le contact de sa main tendue. Il savait bien que si Bruine avait encore eu le pouvoir de se transformer, elle l'aurait mordu.
Il quitta la pièce en soupirant pour dissimuler son sourire. Il venait de retrouver Bruine...

Aredhel était encore en ville ! Elle harcèlerait sa fille jusqu'à obtenir l'objet de sa convoitise... La rôdeuse choisit d'éviter la confrontation autant que possible. Incapable de réfléchir plus avant, Bruine se sentait acculée. Elle pensa un instant fuir la ville, quitter l'enceinte des murs protecteurs... Mais elle se ravisa, devant ses yeux défilaient encore des images de terreur.
Bruine ne pris rien qui pu l'encombrer, en dehors d'une lame et de ces herbes. Elle laissa là toutes ses affaires y compris son armure, ses bottes et son arc. Puis elle ouvrit la fenêtre, poussa un peu le volet. Le jour diminuait et bientôt les éclats de la lunes illumineraient la nuit.

En attendant qu'il fasse noir, elle rêva distraitement de Sharval, de ses palais élégants, et des rues qu'elle avait si souvent arpentées... Puis comme toujours des images plus douloureuses vinrent la hanter. Sa mère était donc encore en ville, trissant sa toile pour récupérer ce qu'elle convoitait depuis qu'elle en connaissait l'existence. Une Larme de verre. Bruine avait reçu l'objet en même temps que le reste quand cette Présence s'était imposée à elle. C'était avant. Avant l'horreur, avant ses chairs brûlées, avant la mort de ses ennemis. Avant la fin du monde. L'Ayr'Dal avait perdu tout ce qu'on lui avait donné, mis à part cet objet de verre qu'elle ne savait pas utiliser.
Aredhel ne l'aurait pas.

L'air plus frais s'engouffra bientôt dans sa chambre, la ramenant doucement à la réalité. Elle enjamba le bord de la fenêtre, et d'un bond fut dans la rue. Ses pieds nus ne firent pas un bruit dans l'herbe, et elle se fondit dans l'ombre.

14 février 2005


Decyrano

04 février 2005

Réponse à la déclaration...

Ô, le charmant présent d’un ciel sans nuage !
Le soleil n’est-il pas, du bonheur, le page ?
Là, sous son éclat, les amoureux enlacés,
De l’été, paraissent ne pouvoir se lasser.

Je déambule sous d’autres cieux, grisonnants,
A qui les veut, les flammes solaires donnant.
Mon bonheur est tout entier drapé de nuées,
Lorsque le vent se pose, que l’air est muet…

Du gris manteau céleste, elle vient… La voilà !
Un très délicat murmure donne le « la ».
Son approche sans bruit est une mélodie
Qui, déjà, des sens, prépare un incendie.

Une douce fraîcheur la précède de peu,
Puis, un léger picotement, non point râpeux,
Mais vif, pétillant, stimulant… si excitant !
Elle est là ! De s’en défendre, il n’est plus temps.

Elle n’est plus que caresses glissant sur ma peau,
Elle me charme, m’attire, comme un appeau.
C’est, de suaves baisers, un ruissellement,
Source de frissons délicieux, d’envoûtement.

C’est la pluie… elle m’emporte, elle m’enivre…
Elle est l’eau sans laquelle je ne pourrais vivre !
La pluie ? Non, pas… Ni, crachin, giboulée, ondée,
Averse… Je n’entends pas le tonnerre gronder…

Ce n’est donc point orage, déluge, et ruine…
Elle est plus douce, belle, et fine… la Bruine !
Regardez ! Elle entrouvre le manteau gris-ciel…
Pour un rayon de soleil ? Non… Un arc-en-ciel !


Decyrano,
Barbare, gardien, forgeur d'épées,
Poète, philosophe, fleuriste et surtout amoureux!
Mort assassiné...

Déclaration

Comme un bourgeon sur la branche cherche la lumière
Comme un fleuve, et comme la plaine qu'il envahi
Comme un chant, une louange, comme une prière
Comme lorsque l'univers se crée, qu'il se déplie

L'ivresse irrésistible de cette liqueur
Brûle en moi follement, distillant sa chaleur
Infiniment, telle un baume de guérison
Intensément, jusqu'à en perdre la raison.

D'un seul regard, faire en moi résonner la flamme
Tant il étanche mon cœur, et rassasie mon âme.
D'un seul mot, tendrement, raviver la lueur
Si bien qu'il n'y aurait nulle part, un ailleurs

Que dans vos bras ou vous dans les miens, sur vos lèvres
Fougueusement, absolument, passionnément,
Me laissant dévorée, dévorant avec fièvre,
Ainsi je voudrais vous aimer, éperdument.

B.

Nuit terrible -2-

Elle avait disparu...
Comme par quelque épouvantable maléfice... ou quelque passage secret d'où serait sorti un bras squelettique l'ayant happée... Decyrano cherchait en tout sens, et pourtant ne voulait point laisser trop transparaitre son émoi... il avait la charge des recrues engagées dans cette expédition, maintenant funeste, dans la Crypte des Traitres...
Ensemble, d'abord, ils cherchèrent tous vainement... Puis, se donnant à grand peine une contenance assurée, ne voulant pas mettre en danger la vie de tous en prolongeant plus que de raison leur présence en ce lieu maléfique, Decyrano ramena ses compagnons à l'entrée. Il expliqua, maladroitement, que Bruine avait certainement du partir explorer quelque secret passage, et qu'il l'attendrait seul. Son ton était sans appel.
Le groupe se sépara donc là, dans le puit d'accès, et Decyrano, revint sur ses pas, plus angoissé encore, maintenant qu'il n'avait plus à contrôler ses sentiments... Il chercha partout, échappa quelque fois à la mort... et finit des heures plus tard par errer lui même en ces lieux, comme quelque spectre ayant à jamais perdu le goût de la vie...
Il se ressaisit enfin... et toute son âme se concentra brusquement sur un mince espoir. Peut être avait-elle réussi à sortir... Il la chercha en ville, passa au rendez-vous de l'Alliance, puis à l'auberge, y laissant un mot... Aucune nouvelle, pas la moindre trace d'elle.

Impossible d'attendre là, à l'abri! son coeur n'aurait pu le supporter... Il retourna dans les glauques profondeurs de la cité et reprit ses recherches en ce labyrinthe infernal... Les heures continuaient de s'écouler. Dehors, peut être le jour commençait à poindre... Mais il n'y avait plus de jour... plus de nuit... plus rien...

Il n'y eut qu'un cri... soudain, déchirant l'air lourd des catacombes... C'était elle, il en était certain... il courrut, se précipita, mais le silence aussitôt se fit... il ne trouva rien, ni personne, que les morts vivants, éternellement maudits... Délirait-il? Avait-il rêvé? Oh, ce n'était pas un rêve alors, mais bien le pire des cauchemars... Etait-ce quelque écho, gardé des heures durant, entre ces murs de haine? Etait-ce un reste de magie qui laissait subsister, d'elle, la dernière parole?

Non! Non! Non! Cela ne se pouvait... Il hurlait, il frappait les murs! Aurait voulu que sous ses coups ces vieilles pierres, ces voûtes fatiguées en viennent enfin à céder et l'ensevelissent ici à jamais... Cognant, rageant, frappant, il ne voyait plus rien, ne sentait plus rien, n'était plus rien.

Son errance, sans qu'il sache pourquoi, sans qu'il se souvienne des gens qui pourtant, un temps, le portèrent au dehors, continua en plein jour dans les rues de Qeynos... mais à la surface du monde comme confiné dans l'en bas, il lui manquait toujours l'air et la lumière.

Ce fut d'entre les plis d'un billet qu'un vent vivifiant et le soleil se levèrent!


Decyrano, Barbare, gardien, forgeur d'épées,
poète, philosophe, fleuriste et surtout amoureux!
Mort assassiné...

03 février 2005

Nuit terrible -1-

Subitement séparée de ses compagnons d'armes alors qu'ils terminaient leur dernier combat, Bruine revint à elle quelques (trop) nombreuses minutes plus tard, seule. Rapidement encerclée de tous côtés par des stridents et des squelettes sans qu'elle ait eu le temps de se cacher, Bruine alors tenta de s'échapper. Elle couru comme elle pu, ne sachant trop par où passer, suivant les couloirs au hasard. Toutes ses protections magiques avaient cédé, et les coups dans son dos eurent raison de ses forces.
Elle s'effondra dans l'eau, à quelques pas de la sortie.
Tandis que les zombies retournaient à leur errance dans les couloirs, les Stridents tentèrent d'étancher leur soif sur elle. Inconscient, son corps s'immergea plusieurs fois dans l'eau nauséabonde sous la pression de ses assaillants, les empêchant de goûter leur proie.
Finalement les stridents se lassèrent et laissèrent là Bruine, toujours inconsciente, le corps flottant entre deux morceaux de bois.

Le lendemain vers midi, Litanie, sans nouvelle de la Confidente depuis la veille, s'engouffra dans les tunnels à sa recherche.
Invisible aux yeux des mortels, elle parcouru rapidement le dédale de la crypte et la trouva toujours inconsciente, là où elle avait chu. La confidente était très gravement blessée, son teint pâle faisait peine à voir, Litanie la souleva dans les airs par la pensée, lui prit la main, et se téléporta instantanément à l'auberge du Rameau, dans les appartements de Bruine.
L'enfant déposa le corps de son amie sur le lit, et incanta quelques sorts pour la soigner. Ensuite elle défit l'armure de cuir, déchira les vêtements de lin et lava son amie avec soin afin d'en faire disparaître l'odeur de mort.
La magie des soins opéra, et Bruine reprit doucement des couleurs. Ce soir elle serait sur pied probablement. Elle ouvrit un oeil et vit Litanie penchée sur elle. A demi voix, avant de s'endormir elle dit :
- Préviens le, je sais qu'il a dû m'attendre. Il doit être fou d'inquiétude. S'il te plaît.
- Seulement si tu promets de t'alimenter avant de repartir ce soir. Répondit Litanie d'une petite voix.
- Oui, souffla Bruine. Je promets.
Litanie sauta du lit, recouvrit Bruine d'un drap et se dirigea vers la table. Elle prit un parchemin et maladroitement, mais avec toute l'application d'une enfant, écrivit quelques mots pour rassurer le guerrier.
Elle s'arrangea ensuite pour que le billet lui parvienne dans l'heure, puis retourna à ses occupations.

Bruine dormait en souriant.