25 octobre 2003

[BG-1] Confessions enfantines -6-

J'étais désœuvrée, et ni l'un ni l'autre ne parvinrent à me consoler d'avoir échouer cette fois pour de bon. Je leur répétai mot pour mot ce que le Maître Barde m'avait dit, et ils eurent un sourire triste. Pendant plusieurs jours je ne quittai pas le relais, je ne mangeai guère, traînant ma misère d'une pièce à l'autre, brûlant toutes mes notes et mes livres avec rage, puis pleurant devant le spectacle de leurs cendres. La nuit mes peurs de petite fille revenaient me hanter, à nouveau j'étais prisonnière et je mourrais seule, abandonnée. Je sentais mon père et ma mère qui me regardaient avec mépris, je ne parvenais pas à distinguer leur traits, pendant que j'exhalais mon dernier soupir, puis je me réveillais en sursaut. Je me sentais condamnée à rester ce que j'étais. Mais qu'étais-je ?

Finalement, Fed' perdit patiente et se mit en colère. J'eus droit à une gifle retentissante et une engueulade dont je me souviens encore. Du coin de l'œil, je voyais Ilarwenn qui acquiesçait, toute pâle, en même temps que sa main se tendait involontairement dans notre direction comme pour retenir son mari. Fedhil me hurlait au visage que j'avais pousser le bouchon trop loin et que je n'allais certainement pas devenir autre chose qu'une petite paumée en demeurant ainsi, que lui et son épouse n'allait assurément pas me tenir la main de cette façon. Qu'ils avaient suffisamment fait pour moi, que c'était à moi de prendre ma vie en main. Sur ce, Fed' me botta le derrière et me traîna en ville de cette façon jusqu'aux portes de la Maison des Scouts. Il me planta là.

Avec stupeur je le vis m'abandonner et reprendre la direction de son Relais. Je connaissais déjà trop bien ce quartier et ceux qui le fréquentaient, mais je n'étais jamais entrée chez les Scouts. Evidement, d'anciens "camarades" ne tardèrent pas à pointer le bout de leur nez, l'air entendu. Sur le moment je les imaginais qui se gaussaient de moi, et victorieux contre mon arrogance, ils m'accueillaient à nouveau dans leur communauté. Evidement je savais qu'ils n'avaient rien à voir avec les Scouts, mais leur proximité sonnait à mes oreilles comme une menace. Je décidai donc de ne pas suivre cette voie. Cette colère que je connaissais si bien se mit à gronder en moi, et finit par prendre le dessus, comme avant. C'en était presque réconfortant ! Je ferais l'inverse de ce que disait Fedhil, et par la même occasion de narguerais les méchants druides qui n'avaient pas su quoi faire de moi… Je me dirigeais donc d'un pas extrêmement décidé vers la bâtisse des Rôdeurs de Tunarë, c'est à dire à l'autre bout de la ville dans les Arbres.

Sur le chemin je ne décolèrai pas. Dès que j'eus poussé la porte cependant, je me sentis comme traversée par une ambiance douce et sombre. La lumière était diffuse et tous parlaient à voie basse. Le corps d'un jeune homme gisait aux pieds d'un maître rôdeur, mais il n'y avait pas trace de sang. Je me fis plus discrète afin d'en savoir d'avantage, et l'on m'apprit qu'un novice avait tenté de frapper Maesyn Trueshot, Maître de la guilde des Rôdeurs de Kéléthin. Des marchands étaient présents, ainsi que de nombreux rôdeurs de tous âges, qui discutaient de ces événements quand je pus enfin apercevoir le "Grand Maesyn". Sur le coup je trouvai très pompeux cette façon de se faire appeler, et je dus me mordre les joues pour éviter de le commenter tout haut. L'homme en question était d'une taille tout à fait normale pour un elfe sylvestre, et rien n'émanait de lui qui fut à ce point impressionnant.

Bref, je me retrouvais là sans trop savoir quoi dire ni quoi faire. On s'affairait à soigner le jeune fou qui devait s'être pris une mandale monumentale vu son état, et Maesyn ne bougeait pas d'un iota, l'air très hautain et distant. Je sentais bien que j'arrivais là comme un cheveux sur la soupe et je me trouvais bien bête. J'avais évidemment totalement décoléré, et cherchais en vain de quoi commencer la conversation avec ce type. J'avais toujours en tête mes déboires avec les bardes, et je ne souhaitais pas me ridiculiser à nouveau…

- Heu… Bonjour monsieur je voudrais vous parler, dois-je revenir plus tard ? vous avez l'air très occupé et…

J'eus enfin droit à un regard froid et sec, le type n'était pas hautain ni perdu dans ses pensées, il était très concentré et cherchait à se calmer… Cela me fit plutôt une bonne impression, allez savoir pourquoi, et du coup je me sentis un peu moins tendue.
- Assieds-toi là gamine fit-il en montrant un coussin, j'attends les excuses de ce morveux et je suis à toi.

Je ne me fis pas priée, et j'attendis quelques minutes que le novice reprenne ses esprits, et qu'il formule des excuses à Maesyn devant l'assemblée au complet. C'était très étrange, je trouvais ça pompeux au possible mais en même temps pas tant que ça. Bizarres ces rôdeurs… finalement peut être que les Scouts sont moins frapadingues…

J'étais justement en train de chercher un moyen de m'éclipser tranquillement quand le Maître de Guilde se retourna vers moi et m'ordonna abruptement de le suivre. Nous pénétrâmes donc dans une seconde pièce meublée avec goût. Une femme était là, assise, voletant derrière elle, une sorte de papillon très étrange. Maesyn me fit asseoir de nouveau, et fit comme s'il n'avait pas remarqué la présence de la femme mystérieuse.

- Bon tu veux quoi petiote ?
- Je voulais devenir rôdeur.
- Pourquoi rôdeur et pourquoi "voulais" ?
- Heu, "rôdeur" parce que je ne suis bonne à pas grand-chose, et "voulais" parce que j'ai comme l'impression de m'être trompée tout à coup.
- En quoi t'es tu trompée ?
- Vous êtes moins commode que j'aurais pensé.

Notre conversation avait l'air de beaucoup le divertir, il était pratiquement hilare et moi sur des charbons ardents… Je jetai un œil implorant vers la porte afin qu'elle s'ouvrit et que quelqu'un nous interrompe, mais rien n'y fit. Il continua.

- En quoi peux-tu dire que je ne suis pas commode ?
- Vous lui avez mis une drôle de fessée à l'autre abruti, et vous aviez l'air sacrément en pétard quand je suis arrivée.
- Parles-tu toujours ainsi à cœur ouvert ?
- Non, enfin si. Parfois.
- Et pourquoi le fais-tu maintenant ?
- Je crois bien que mon cas est désespéré, j'ai plus rien à perdre… Et vous me filez la pétoche, j'ai l'impression que vous lisez dans ma tête, c'est chiant.

Maesyn eut un petit rire, je le regardais attendant qu'il me mette à la porte comme les bardes l'avaient fait. Et quand il eut presque réussi à reprendre son sérieux, il me tapota sur l'épaule gentiment d'un air entendu, ce qui eu pour effet immédiat de me mettre en boule…
- tu n'as pas froid aux yeux on dirait. Bon, dernière question et j'arrête de te torturer. Qu'est-ce qu'un rôdeur selon toi ?

je me levai d'un bond et le regardai droit dans les yeux :
- un petit péteux condescendant.

Je n'attendis pas la réponse évidemment, j'avais peur de m'en prendre une après cette rebuffade. Je me précipitai donc vers la porte et comme je l'ouvrais je pus entendre Maesyn éclater littéralement de rire. Je me retournai, indécise, et le vis se lever, son air franchement hilare me fit l'effet d'un coup de fouet, et je souris malgré moi.

- Reviens demain petiote, et bienvenue parmi les rôdeurs. Ferme la porte derrière toi. Dit-il en s'essuyant les yeux.

Et je fis ce qu'il m'ordonnait.

20 octobre 2003

[BG-1] Confessions enfantines -5-

Deux jours après le départ de mon ami Buldar, je me présentai à la guilde des Bardes. On m'accueillit avec gentillesse, l'on me fit asseoir, j'eus même droit à un verre de lait et à des petits gâteaux. Je me sentais un peu pataude dans cet environnement calme et douillet, ainsi décidai-je d'entamer les discussions sur le vif du sujet rapidement.
- J'voudrais bien d'venir barde comme mon ami Buldar que vous d'vez connaît'e. J'sais plein d'histoires et d'chansons. Bon, j'chante po très bien mais chu prête à faire des efforts pardi. C'est trop cool c't'endroit. Où c'est-y qu'j'vais dormir ?
Je me jetai goulûment sur les gâteaux, avalant mon verre de lait d'un coup sec.
- Hum, bien le bonjour à toi jeune Damoiselle. Fit l'un des deux bardes qui m'avaient accueillie.
- Ha ! nan po d'ça entre nous mon pote, le coupai-je, les d'moiselles et tous leurs chichis m'font gerber. C'est-y po des façons d'faire toutes ces manières débiles. Tudieu ! comme ça m'énerve vous pouvez po savoir.

Il y eu comme un silence lourd tout à coup. Les deux bardes me regardaient, les yeux écarquillés par l'incompréhension. Puis l'un d'eux pris la parole, très lentement comme si chaque syllabe avait sa vie propre.
- Gamine, tu dois te présenter à nous d'abord, nous donner ton nom et ton ascendance, nous expliquer pourquoi tu souhaites nous rejoindre, nous montrer tes compétences et ton ardeur à travailler.
- Chu Bruine, mon ascendance j'la connais point. J'veux êt' barde nom de nom, chu 'achement volontaire et j'sais me débrouiller toute seule passque chu pu une gamine. Non mais. Et arrêtes d'me causer comme si j'étais une débile, pour qui est-ce que tu m'prends, nabot.
L'autre enchaîna, voyant le premier perdre patience.
- Je crois qu'il y a une sorte d'incompréhension entre nous, Bruine, puisque c'est ton nom. Nous exigeons de nos candidats un minimum de savoir vivre et d'éducation, surtout à l'âge que tu as déjà. Tu dois donc t'adresser à nous poliment, dans un langage un peu plus soutenu si possible. C'est le minimum. Pour le reste, tu seras gentille de ne plus nous couper la parole et d'écouter attentivement.

Sur ce, il me donna une tape sur la main alors que j'allais attraper un nouveau biscuit. Je levai les yeux et trouvai son regard, froid et dur. Je ne pipai mot et m'assit un peu plus droite, attendant la suite. Enfin sûr d'avoir capturer toute mon attention, il reprit.
- Dis moi, jeune Damoiselle, ton nom et ton ascendance.
- Bruine, pas d'ascendance connue, répondis-je après réflexion.
- C'est mieux, bien qu'un peu court. Mais nous y reviendrons. Pourquoi veux-tu devenir barde, Bruine.
- Passque je veux être comme mon ami Buldar.
- Crois tu que cela soit une raison suffisante pour devenir barde.
- Oui, quand je serai barde je pourrai aller où je veux et même que je pourrai le suivre si j'en ai envie.
Ils échangèrent un regard, puis le premier, qui avait repris son calme, se tourna vers moi.
- Jeune Bruine, tu dois apprendre à te tenir correctement. Dans un an jour pour jour, tu reviendras nous voir et nous recommencerons cet entretien du début, comme s'il n'avait jamais eu lieu. C'est une chance que nous te donnons, mais réfléchis bien à tes motivations et aux conséquences de ton enrôlement chez nous. Etre barde n'est pas simplement courir l'aventure avec ses amis, c'est aussi un état d'esprit, une sensibilité qu'il faut que tu acquières, car aujourd'hui tu en sembles démunie. Apprends à parler correctement, à lire et à écrire si possible, bien que cela ne soit pas indispensable, puis reviens nous voir. C'est une promesse que je fais ici, je te recevrai personnellement car je veux bien t'aider. Mais il faut que l'année prochaine tu te montres digne de l'intérêt que je te porte aujourd'hui.

Sur ces mots, il me tendit le reste des biscuits que son collègue avait empaqueté dans un linge, et tous deux me reconduisirent à la porte, en m'encourageant par avance devant la tâche qui m'attendait. Je me retrouvai le dos à la porte de la guilde, sans savoir si je devais me fâcher pour avoir été jetée dehors ou me réjouir de la chance que l'on m'offrait.
Une promesse est une promesse, un maître barde ne trahit pas sa parole. J'engloutit les biscuits, laissai le linge accroché à la porte et retournai à mes occupations habituelles. J'avais un an pour me changer en je-savais-pas trop quoi.

Vivement le retour de Buldar, il saurait m'expliquer tout ça, lui.Les vrais amis ne mentent jamais, et j'eus l'immense joie de le retrouver quelques semaines plus tard. Il me raconta son périple, et je l'écoutai sans bouger du début à la fin. Quand nous eûmes échangé nos impressions, je l'informai de ma visite à la guilde des bardes. Il sourit.
- Bruine, mon amie, je ne suis pas très sûr que ce soit là ta voie. Mais si c'est vraiment ta volonté, alors suis les conseils que l'on t'a donnés, et tu y parviendras. Tu sais, je ne peux pas rester à Kéléthin très longtemps, car on m'attends loin d'ici, mais je vais te présenter à des amis qui pourront t'aider et te conseiller. Tous les conseils que je t'ai déjà donnés, tu devras les appliquer pour de bon cette fois, et sans tomber dans la caricature comme tu fais habituellement.
- C'est ça qu'ils veulent de moi ? Ils veulent que je ressemble à une idiote qui rit niaisement aux blagues des autres et qui étale sa connaissance comme de la confiture sur une tartine trop grande?
- Non ! répondit-il en riant. Sûrement pas, ils veulent que tu puisses trouver du travail par la suite, en tant que barde, c'est à dire qu'il faut que tu saches te tenir en société car ce sont ces gens là, justement, qui feront appels à tes services, et non pas les va-nu-pieds et les ivrognes que tu connais si bien. Tu dois être capable de déambuler parmi eux sans qu'ils en soient choqués. Ca veut dire adieu aux coups de gueule, aux insultes, même inventives, adieu aux rots bruyants et aux pieds sur la table, à tout ça quoi.

Evidement, je ne pouvais imaginer l'effort qu'il me faudrait faire pour parvenir à ce résultat, et franchement je ne voyais pas ce qui clochait chez moi, mais Buldar avait toute ma confiance, et si je voulais le suivre un jour dans ces endroits merveilleux, il fallait bien que je m'y mettes un jour ou l'autre.
Buldar me présenta effectivement quelques amis à lui, des gens aisés, pour la plupart, qui vivaient dans l'opulence en comparaison avec moi. Un des couples, Fedhil et Ilarwenn, tenait un relais, sur une des hautes passerelles, non loin du Lieur. Ils acceptèrent de m'héberger et de m'instruire comme Buldar le leur demandait, en échange j'acceptai de travailler pour eux.
Mon ami barde parti pour de nouvelles aventures peu après mon « déménagement » - un bien grand mot pour de si pauvres possessions -. Au relais, je m'occupai d'abord du nettoyage et des courses, comme je savais déjà le faire, puis, après quelques mois de « leçons de manières du monde », comme Fedhil les appelait, j'eus le droit de tenir l'accueil, puis la caisse, et ainsi je pu me familiariser avec les éduqués et leurs coutumes. Les clients étaient peu nombreux toutefois, ce qui me laissait largement le temps de rêvasser à mes futures aventures, ou d'espionner quelques donzelles afin de copier leurs manières.
Buldar vint me rendre visite quand il le pu, mais il ne pouvait jamais rester bien longtemps, à mon grand regret. Je m'entendais bien avec Fed' et Ilar', mais nos escapades me manquaient terriblement, et la vie que j'avais menée jusqu'alors me semblait bien plus heureuse que celle-là.

Enfin l'année passée jour pour jour, je me retrouvai devant la guilde des Bardes de Kéléthin. J'eus droit au même accueil, puis je me présentai comme j'avais appris à le faire, usant des mots les plus polis de mon vocabulaire, et prenant garde à mes manières. Je picorai mon biscuit, et bu une gorgée de lait, du bout des lèvres, imitant ainsi les demoiselles de nobles lignées que j'avais épiées de loin. Les deux bardes m'écoutèrent très poliment, souriant pour m'encourager. Je passai sous silence ma naissance et mes premières années à Kéléthin évidement, et soulignai mon désir d'intégrer leurs rangs. Quand j'eus finis, je dus répondre à quelques questions qui me parurent anodines, puis on me demanda de composer une ballade pour ma prochaine visite. On me conseilla de prendre mon temps et de revenir quand je serais satisfaite de ma création. Je m'en retournai donc au Relais, et me mis au travail le jour même.
Cela me pris une semaine, je ne fis pratiquement que cela. La création n'est pas un exercice aisé, et je n'étais pas très sûre du résultat, mais au moins j'avais essayé. Je m'étais inspirée d'une chanson triste que Buldar m'avait enseignée, en y apportant autant que possible, ma touche personnelle.

C'est en tremblant que je poussai la porte de l'Académie des Bardes pour la troisième fois. J'eus droit au même accueil exactement, et quand vint le moment de déclamer mes vers, je perdis contenance, ma voix se voila, et aucun son ne sorti de ma bouche grande ouverte ! Mes deux hôtes eurent un regard moqueur l'espace d'un instant, puis tentèrent de m'encourager par des paroles gentilles et confiantes. Evidement, je réagis à l'inverse de ce qu'ils attendaient, et les envoyai balader assez vertement, trop en colère contre moi pour comprendre que je venais d'éprouver du trac pour la première fois. Je pris la fuite et me précipitai hors de la bâtisse sans prendre congé.
La honte m'empêcha d'approcher de près ou de loin les bâtiments de la guilde pendant plusieurs jours. Je n'en revenais pas de n'avoir pu réciter mes propres vers. Je m'habituai donc à les dire à haute voix, pour moi seulement, afin de vérifier que je les connaissais bien, tant et plus qu'à la fin je n'étais plus sûre d'en être l'auteur. Le jour vint enfin où je trouvai le courage d'aller demander leur pardon.
Leur accueil fut un peu moins chaleureux, mais ils m'écoutèrent m'excuser platement. Ensuite ils me demandèrent de réciter mes vers, ce que je fis, mal certainement, mais au moins suffisamment clairement pour que l'on m'entende cette fois. Je n'avais pas fini que l'un d'eux me coupa :
- Ne sais tu pas, jeune Bruine, qu'il faut chanter ? Ton texte tel qu'il est aujourd'hui ne peut être lu sur ce ton monocorde, tu dois lui donner vie. Qu'est-ce qu'un texte sinon la musique des sensations qu'il procure ?
- Je veux bien apprendre à chanter... Mais seule cela risque de m'être difficile. N'enseignez vous pas cela justement, dans votre guilde ? Questionnai-je.
- Ne te méprends pas sur mes paroles, Damoiselle, j'essaie de te faire comprendre qu'il te faut insuffler de la vie à tes mots, comme un musicien donne vie à une mélodie. Je ne te demande pas de chanter, mais de révéler à ceux qui t'écoutent les mots que tu as choisi, en mettant du sentiment dans ta voix. En d'autres termes, émeus-nous, Bruine. Me répondit-il.
- Je n'entends rien à ce que vous me racontez là, vous m'en voyez désolée. Conclus-je.
- Petite Bruine, nous ne voulons pas tester ici ta capacité à user des mots joliment, mais celle d'y mettre une émotion. Un barde ne se contente pas de chanter ni de jouer de la musique, il doit influencer ceux qui l'écoutent. C'est un don que les bardes cultivent pendant leur apprentissage ici.
Comme je les regardais toujours sans comprendre, l'un d'eux me fit signe de le suivre. Il prenait la direction de la porte, j'avais encore échoué, mais cette fois vraiment, je ne savais pas ce qu'ils attendaient de moi. Ou bien cherchaient-ils à se débarrasser d'une bâtarde je ne savais plus.

Il ouvrit la porte, et fit quelques pas dehors. Je le suivis, mais le coeur n'y était plus.
- Que vois tu, fit-il en montrant la forêt alentour
- Je vois des arbres.- Dis le mieux,
- Je vois de grands arbres sombres.
- Non, ce n'est pas ce que je te demande. Ces arbres plus que centenaires nous protègent et nous guident, ils sont vivants, ici, pour toujours, et nous faisons parties d'eux. Kéléthin, la Ville dans les Arbres, est l'alliance entre ces arbres et notre peuple, sans eux nous ne sommes rien...
Sa voix prit des inflexions douces et vibrantes, je fermai les yeux. Je me trouvai par magie transportée au milieu de la forêt, portée par le seul souffle de sa voix, alors que les mots eux-mêmes ne m'évoquaient rien de bien particulier.Quand j'ouvris les yeux, il me regardait en souriant. Je me sentis lasse et triste, je m'en voulais d'avoir échoué, et pour moi son discourt était des plus hermétiques.
- Maître Barde, je ne suis pas de ton peuple. Fis-je gravement.
- Bruine... Commença-t'il.
- Oui ?
- Je crois que tu ne seras jamais barde, mon enfant, si tu n'acceptes pas de prendre la vie avec ton coeur.

Il me laissa là, et rentra dans le bâtiment. Je demeurai quelques minutes encore à regarder les arbres.
- Je vois de grands arbres sombres.
Puis je retournai au Relais où Fed' et Ilar m'attendaient pour le souper.

15 octobre 2003

Pardon, et encore merci

Deux jeunes rôdeurs aventureux
Une plage un jour avaient trouvé
Pour un elfe des bois sauver
Quand la mort s'abattit sur eux

A l'aide ils ont dû appeler
Parmi les Seigneurs éveillés
Afin de les réanimer
Deux volontaires se sont portés

Allya si froide et si lointaine,
Qui sait pourtant se réchauffer
Quand dans quelques épis de blés
L'un ou l'autre conte fredaine

Allya, qui malgré mon verbiage
Moqueur ou mal intentionné
Pour me sauver vint sur la plage
D'un clerc grenouille accompagnée

Comme ceux-là, Il est Seigneurs
Toujours présents, prêts à aider
Malgré les mots, malgré les heurts
Sur eux pouvez toujours compter

En rien je ne suis ta rivale
Mon air moqueur mes cheveux sales
Garderont de moi éloignés
Ceux que ton cœur font chavirer

Enterrons donc la hache de guerre
Allya au propos doux-amer
Et comme la pluie cesse de tomber
Je te promets de m'amender

Bruine.