[BG-1] Confessions enfantines -4-
Lasse de mourir de faim, peu encline au vol, et alors que l'hiver menace, je décidai de frapper à la porte des druides. Ceux-ci, puisque ma mère était des leurs, me prirent à leur service. Mais les règles de vie étaient strictes au sein de l'institution, et je ne parvient pas à m'y habituer. Les heurts étaient fréquents, les punitions douloureuses, et je m'entêtais. Pour gagner sa couche et son pain, je devait aider à la cuisine et au ménage, chercher le bois pour le feu, mais jepréférais rêvasser de la fôret et de secret, m'imaginer vivre ailleurs et différement. Sans cesse, les druides me reprennait, je ne tarvaillais pas assez vite, ni assez bien ou je parlais trop mal... Moi je ne voulais que rêver des heures sans bouger, oubliant les corvées. Ceux qui me cherchaient trop finissaient par me trouver, et je faisais fuir les plus jeunes par une volée d'insultes bien senties. La nuit je sortais en douce pour aller me promener en ville, mais souvent je me faisais attrapée au petit matin... Jamais je n'ai cèdé, les druides ne savaient que faire de moi, et avant qu'ils ne décident de me renvoyer, elle les quittai une nuit.
En fait j'avais l'intention de partir le plus loin possible de cette ville qui décidément ne m'allait pas. Je me suis arrêtée avant de sortir pour acheter des provisions car je n'avais pas trouvé grand chose dans le garde-manger des druides, enfin rien que ne leur manquerait pas avant la fin de l'hiver...J'entrai donc dans la dernière auberge près de la plate-forme. Je pensais trouver aisément quelqu'un qui veuille faire la route avec moi. L'auberge était bien plus calme qu'à l'accoutumée, et je frissonnais en entrant comme l'atmosphère du lieu me parut étrange. Tous étaient attablés et regardaient dans la même direction. Je tentai de m'approcher mais je ne parvins qu'à voir des dos et des têtes. J'étais trop petite. Malgré ma frustration, je me tins donc à l'écart, tendant l'oreille.
Une voix s'éleva au milieu du silence enfumé, une voix comme jamais je n'en avais entendu. Je cédai instantanément à son charme, et m'assis par terre, le coeur enflammé par la mélodie et par les vers. Je ne comprenais pas tout, certains mots m'étaient inconnus, mais je sentais en moi la langueur de cette douce musique, et je me pris à rêver de la belle qui attendait le retour de son promis. Quand le chant cessa, je réalisai le silence d'or qui s'était établi dans l'auberge, jamais je n'avais connu un tel recueillement même chez les druides de Kéléthin.
Puis la vie repris son court doucement, on entendit d'abord quelques murmures, puis quelques-uns parlèrent et ensuite le son des voix enfla, bientôt tous avaient repris leurs conversations. Plusieurs en profitèrent pour sortir ce qui me laissa la place pour m'avancer.
Tout de cuir vêtu, il agitait une écuelle pleine de pièce, l'air satisfait. Je fus très étonnée par son apparence, c'était un gosse comme moi, et pourtant son regard était emprunt d'une gravité de grande personne. Je restai à le regarder compter ses gains, l'air probablement aussi benêt que d'habitude. Il finit par me remarquer, et s'approcha de moi d'un pas mesuré.
- Comment tu t'appelles ?
- Bruine
- Et pourquoi es tu si mal habillée petite Bruine ?
- C'est débile cette question, t'en as pas une autre margoulin ?
Il sourit.
- comment tu t'appelles toi ? fis-je.
- Buldar, je suis barde.. et toi que fais tu dans la vie à part insulter les gens ?
- Je fais ce que j'veux.
- C'est bien, tu en as de la chance ! Et que veux tu ?
- D'abord que t'arrêtes te poser tes questions, chu pas d'ce genre là moi, ensuite j'me barre de c'te ville de ploucs, ça pue.
- Tu ne sais pas parler autrement semble t il qu'en agressant ton interlocuteur... Mais tu sais, pour voyager, il faut savoir s'exprimer mieux que cela, tu devrais d'abord apprendre à mon avis !
- Inter quoi ?
C'est ainsi que j'eus droit à ma première leçon de bonnes manières. Nous prîmes rendez vous dès le lendemain, je voulais apprendre cette chanson qui m'avait tant bouleversée, et j'étais curieuse de connaître mieux de type avec ses airs de princesses.
Oubliées mes envies de partir ! Envolée ma rage ! Buldar m'avait apprivoisée d'un regard, et je retrouvais avec lui un semblant de famille. Ce blondinet était plein de ressources, et la vie pour lui était belle et gaie, cela me fit du bien !
Nous nous entendîmes tout de suite. Avec du recul, il m'apparaît aujourd'hui qu'il devait avoir pitié de moi au début, c'est vrai que j'étais affreuse à voir, d'une propreté douteuse, et des vêtements usés jusqu'à la trame. Comme j'acceptais ses leçons, sans forcément les suivre, il accepta de s'encanailler avec moi plus d'une fois. Mes manières de corsaire le choquaient parfois, mais il prenait toujours le parti d'en rire. Et quand le soir, le public insultait son talent, je prenais sa défense avec verve, ridiculisant les mécontents et les moqueurs. Nous dûmes d'ailleurs fuir plusieurs établissements après que j'aies déclenché une bagarre générale.Quel contraste après les semaines passées chez les druides ! Je me sentais libre et heureuse, je ne rendais de compte à personne. Et Buldar ne me tenait rigueur de rien, il me pardonnait tout mes abus de langages en riant. De sale morveuse, je devins clown.
Nous vivions plutôt bien, la Ville dans les Arbres prit pour moi un tout autre aspect, bien plus accueillant, et j'apprit aussi à connaître la forêt alentour.
Buldar fut un très bon professeur, savoir vivre, maintient, lecture écriture, musique et chant, chasse, cueillette et pistage.. le programme était chargé mais je n'avais pas l'impression de travailler, ni d'apprendre. Buldar confectionna même pour moi ma première armure de cuir, une pair de botte et des gants.
J'étais plutôt fière de mon apparence, et je coupai même mes cheveux plus courts pour lui ressembler davantage.Mais un jour vient où Buldar dut reprendre la route, et je me trouvai bien désolée car il ne voulut pas que je le suive. Il me promit de revenir me voir, et je promis de trouver un métier digne : c'était décidé, je serais barde, comme lui !
En fait j'avais l'intention de partir le plus loin possible de cette ville qui décidément ne m'allait pas. Je me suis arrêtée avant de sortir pour acheter des provisions car je n'avais pas trouvé grand chose dans le garde-manger des druides, enfin rien que ne leur manquerait pas avant la fin de l'hiver...J'entrai donc dans la dernière auberge près de la plate-forme. Je pensais trouver aisément quelqu'un qui veuille faire la route avec moi. L'auberge était bien plus calme qu'à l'accoutumée, et je frissonnais en entrant comme l'atmosphère du lieu me parut étrange. Tous étaient attablés et regardaient dans la même direction. Je tentai de m'approcher mais je ne parvins qu'à voir des dos et des têtes. J'étais trop petite. Malgré ma frustration, je me tins donc à l'écart, tendant l'oreille.
Une voix s'éleva au milieu du silence enfumé, une voix comme jamais je n'en avais entendu. Je cédai instantanément à son charme, et m'assis par terre, le coeur enflammé par la mélodie et par les vers. Je ne comprenais pas tout, certains mots m'étaient inconnus, mais je sentais en moi la langueur de cette douce musique, et je me pris à rêver de la belle qui attendait le retour de son promis. Quand le chant cessa, je réalisai le silence d'or qui s'était établi dans l'auberge, jamais je n'avais connu un tel recueillement même chez les druides de Kéléthin.
Puis la vie repris son court doucement, on entendit d'abord quelques murmures, puis quelques-uns parlèrent et ensuite le son des voix enfla, bientôt tous avaient repris leurs conversations. Plusieurs en profitèrent pour sortir ce qui me laissa la place pour m'avancer.
Tout de cuir vêtu, il agitait une écuelle pleine de pièce, l'air satisfait. Je fus très étonnée par son apparence, c'était un gosse comme moi, et pourtant son regard était emprunt d'une gravité de grande personne. Je restai à le regarder compter ses gains, l'air probablement aussi benêt que d'habitude. Il finit par me remarquer, et s'approcha de moi d'un pas mesuré.
- Comment tu t'appelles ?
- Bruine
- Et pourquoi es tu si mal habillée petite Bruine ?
- C'est débile cette question, t'en as pas une autre margoulin ?
Il sourit.
- comment tu t'appelles toi ? fis-je.
- Buldar, je suis barde.. et toi que fais tu dans la vie à part insulter les gens ?
- Je fais ce que j'veux.
- C'est bien, tu en as de la chance ! Et que veux tu ?
- D'abord que t'arrêtes te poser tes questions, chu pas d'ce genre là moi, ensuite j'me barre de c'te ville de ploucs, ça pue.
- Tu ne sais pas parler autrement semble t il qu'en agressant ton interlocuteur... Mais tu sais, pour voyager, il faut savoir s'exprimer mieux que cela, tu devrais d'abord apprendre à mon avis !
- Inter quoi ?
C'est ainsi que j'eus droit à ma première leçon de bonnes manières. Nous prîmes rendez vous dès le lendemain, je voulais apprendre cette chanson qui m'avait tant bouleversée, et j'étais curieuse de connaître mieux de type avec ses airs de princesses.
Oubliées mes envies de partir ! Envolée ma rage ! Buldar m'avait apprivoisée d'un regard, et je retrouvais avec lui un semblant de famille. Ce blondinet était plein de ressources, et la vie pour lui était belle et gaie, cela me fit du bien !
Nous nous entendîmes tout de suite. Avec du recul, il m'apparaît aujourd'hui qu'il devait avoir pitié de moi au début, c'est vrai que j'étais affreuse à voir, d'une propreté douteuse, et des vêtements usés jusqu'à la trame. Comme j'acceptais ses leçons, sans forcément les suivre, il accepta de s'encanailler avec moi plus d'une fois. Mes manières de corsaire le choquaient parfois, mais il prenait toujours le parti d'en rire. Et quand le soir, le public insultait son talent, je prenais sa défense avec verve, ridiculisant les mécontents et les moqueurs. Nous dûmes d'ailleurs fuir plusieurs établissements après que j'aies déclenché une bagarre générale.Quel contraste après les semaines passées chez les druides ! Je me sentais libre et heureuse, je ne rendais de compte à personne. Et Buldar ne me tenait rigueur de rien, il me pardonnait tout mes abus de langages en riant. De sale morveuse, je devins clown.
Nous vivions plutôt bien, la Ville dans les Arbres prit pour moi un tout autre aspect, bien plus accueillant, et j'apprit aussi à connaître la forêt alentour.
Buldar fut un très bon professeur, savoir vivre, maintient, lecture écriture, musique et chant, chasse, cueillette et pistage.. le programme était chargé mais je n'avais pas l'impression de travailler, ni d'apprendre. Buldar confectionna même pour moi ma première armure de cuir, une pair de botte et des gants.
J'étais plutôt fière de mon apparence, et je coupai même mes cheveux plus courts pour lui ressembler davantage.Mais un jour vient où Buldar dut reprendre la route, et je me trouvai bien désolée car il ne voulut pas que je le suive. Il me promit de revenir me voir, et je promis de trouver un métier digne : c'était décidé, je serais barde, comme lui !





