[BG-1] Confessions enfantines -3-
Premier lieu à visiter quand on ne connaît personne, comme j'avais remarqué que ça fonctionnait plutôt bien dans le port : une auberge. Il y a toujours à manger et à boire, il y fait moins froid l'hiver, et contre quelques services, on peut même avoir un peu d'argent.
Mon premier mouvement fut donc de me rendre à la taverne en face de la plate-forme. Mais Kéléthin est une ville étrange et il y avait un garde devant la porte ! Absolument convainque qu'il ne me laisserait pas passer, je rebroussai vivement chemin avant qu'il ne m'aperçoive, et passai un pont pour tenter ma chance plus loin.
La ville avait l'air extrêmement policée, et je ne pensais pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer mon sort dans ses conditions. Et je ne sais pas pourquoi, mais la présence visible de la garde un peu partout me mettait très mal à l'aise. Peu tentée par la mendicité, je devais absolument trouver un coin pour la nuit, et quelqu'un qui me confierait quelques petites missions contre de la nourriture. Instinctivement, je cherchais des yeux tout indice me permettant de trouver cela, en même temps que je tentai inconsciemment de m'isoler de la foule. Il y a vraiment trop de monde par ici, et trop de bruit aussi, sans parler du danger constant de la chute ! A plusieurs reprises je fus bousculée, et je failli même tomber une fois. Evidement moi qui n'étais jamais montée plus haut que sur les quais du port, je fus prise de vertiges et dus me recroqueviller dans un petit espace pour attendre la fin de mon malaise.
Ca commençait plutôt mal. Chaque bruit dans mon dos me faisait sursauter, chaque chose me paraissait incongrue et étrange, je venais de pénétrer une autre dimension.
J'ai mis plusieurs semaines avant de me sentir moins agressée par la ville, et je restai silencieuse, n'osant adresser la parole à personne, complètement dépassée par les événements. J'étais évidement déboussolée et perdue, et j'errais au petit bonheur la chance, sans même savoir si je tournais en rond ou pas. Je n'étais pas parvenue à trouver de la nourriture tous les jours, et personne ne me donnait de travail, alors que sur le port, il suffisait de rester plantée quelque temps devant un pêcheur pour que, irrité de se sentir regarder, il finisse par m'envoyer faire une course plus loin, en échange d'une pièce ou d'un poisson. Mais à Kéléthin, personne ne voyait personne, j'étais un fantôme parmi des revenants. Et plus le temps passait plus j'en étais convainque. Je faisais d'horribles cauchemars à ce sujet, l'orque m'avait tuée en fait, et j'étais condamnée à errer pour l'éternité dans un monde hostile et hermétique.
Un jour je finis par tomber sur un ivrogne qui mendiait. Son odeur était plus forte que la mienne encore, ce qui me fit tout à coup bien honte... je ne m'étais pas lavée depuis si longtemps que je ne me souvenais plus de l'avoir jamais fait ! Il fallait que je reprenne ma vie en main, ou tout du moins ce qu'il en restait. Je m'approchai de l'ivrogne et lui demandai de me montrer la direction du plus proche point d'eau. Il eu un rire dément.
- Espèce de garce de bâtarde, tu veux que je me noie ! Où que t'as vu que je bois de l'eau ! Casse-toi de mon estrade, ici c'est moi qui est le chef et toi tu te casses que j'te dis !
L'inspiration me vint d'un coup (j'avais vraiment trop besoin d'un bain) :
- c'qu'est sûr c'est que t'es le chef de ce taudis de merde, et que tu pues encore plus fort que moi, mais moi j'te dis que si tu pues que personne te donneras de pièces, pauvre naze, passque y zauront trop peur de choper des puces. Alors bordel tu me montres où qu'il y a de l'eau et tu me jettes pas passque je suis pas d'humeur, non mais !
L'autre resta pantois, l'oeil éberlué et la lèvre pendante.
Cette altercation m'avait fait un bien fou, je retrouvais tout à coup un peu de force. En fait j'étais folle de rage après moi et après l'univers de me retrouver dans une telle situation, et ce n'est pas ce type débile qui allait me barrer la route alors que je recommençais à vivre ! Il finit par réagir, et me dit de le suivre. Il avait l'air tout à coup beaucoup moins bête, mais toujours aussi saoul. Je le suivi jusqu'à une auberge que je n'avais pas encore vue il me semble, et nous entrâmes. A l'intérieur, quelques mendiants et autres coupe-jarrets, ainsi que des femmes quasi dénudées, étaient attablés et discutaient bruyamment.
C'est comme ça que je me fis mes premiers amis. L'assemblée m'accueillit avec quelques insultes bien senties, tandis qu'il faisait les présentations. J'eus ensuite droit à un vrai repas (pas du gruau cette fois) avec de la viande et du lait, et comme je m'entêtais à vouloir de l'eau, j'eus le droit de faire la vaisselle puis de me laver ensuite. J'en profitai pour faire tremper mes vêtements usés jusqu'à la trame afin d'en faire partir l'odeur. Quand je fus de nouveau habillée de sec et de (relativement) propre, je retournai les rejoindre, et fut instantanément désignée volontaire pour accompagner un porteur de message à l'autre bout de la ville.
Je passai quelques jours à me manger copieusement pour me remplumer, sous les bons soins de mon ivrogne, qui refusait toujours, lui, de se laver, au grand damne de mes narines. Nous ne nous parlions que méchamment, les agressions verbales étaient constantes. Il ne s'agissait pas de se détester, mais de ne pas s'aimer en fait, comme je le compris plus tard. Je trouve que l'un n'empêchait pas l'autre, mais je me gardai bien de faire remarquer à mes hôtes l'affection qu'ils me portaient malgré leurs airs bourrus. Je trouvais même cela amusant et je n'eus aucun mal à m'intégrer cette fois, ayant déjà entendu pratiquer ce type de langage sur le port. Puis vint le jour où je devais payer pour les services que l'on m'avait rendu, je n'avais que peu de possibilité : voler les passants pour améliorer notre ordinaire, servir de larbin à l'un ou à l'autre de mes congénères, ou bien « passer à la casserole ». Horrifiée à l'idée de me faire manger le lendemain midi, ahurie de croire que ces gueux étaient cannibales, et absolument dénuée de tous sens de la discrétion et du vol à la tire, je choisi donc l'option larbin, sans trop savoir à quoi m'attendre.
Je devais quelques mois de services seulement, et fis mon maximum pour ne pas m'endetter davantage quand je réalisai que mon « mentor » était de la pire espèce. Je fus donc l'esclave d'un salaud fini pendant ces mois-là, mais je savais que l'ivrogne me guettait de loin et que ma vie n'était pas en danger. La nourriture était tout de même vraiment moins abondante, et les tâches ingrates la plupart du temps. Je devais porter des messages, faire le guet, et m'occuper des affaires de mon maître - lessive, repas, femme pour la nuit -, et les coups de bâtons tombaient vite et fort. Je me rebellai à plusieurs reprises quand l'injustice était trop évidente, mais je n'eus jamais gain de cause. J'apprit à retenir mes larmes et à oublier la souffrance. J'avais toutes les peines du monde à maintenir mes vêtements en état de me couvrir et de cacher mes bleus. Je changeai de garde robe enfin, quand mon service auprès de cet ahuri fut achevé. Je ne trouvais pas mon sort dramatique, car je pouvais manger, et je ne craignais pas une volée de coup ; je parvenais même à m'échapper des mes obligations à plusieurs reprises. J'étais plutôt heureuse en fait, et je garde un très bon souvenir de cette période.
Quand j'eus finis de payer ma dette, on me laissa faire ce que je voulais, je fus à nouveau livrée à moi-même, mais je ne me sentis pas abandonnée pour autant, puisque dans le groupe, certains étaient plus « méchants » envers moi que d'autres, ce qui passait agréablement le temps. Je fis ma spécialité des répliques cinglantes et des insultes inventées sur le vif. Il faut dire qu'à leur contact, mon vocabulaire s'était passablement étendu dans certains domaines. Mais je restai très prudente toutefois de peur qu'un jour l'un d'entre eux ne s'en prennent à moi autrement qu'avec des mots ou des coups, car je savais très bien déjà comment un homme ivre se vautre sur une femme et lui fait mal, pour l'avoir vu faire en plein milieu de notre quartier général à quelques reprises. Je ne risquais rien en fait, vu mon âge, mais parfois l'alcool peut rendre fou...
J'avais appris aussi à laisser libre cour à ma colère, et j'étais plutôt de mauvaise humeur la plupart du temps, puisque cela était de mise. Un jour fait pas comme un autre, mon ancien mentor vint réclamer pour que je retourne à son service. Je ne me laissai pas faire puisque j'avais gagné mon indépendance. L'altercation qui suivit termina mal, j'eus droit à une bonne raclée mais pour la première fois je répliquai, et tapai tout mon saoul sur cet imbécile. Je n'étais évidement pas de force à lutter contre lui, mais une des femmes, dont j'ai parlé plus haut, vint à mon secours, et le planta entre les omoplates. Cela eut pour effet de me calmer aussitôt alors qu'elle était toutes griffes dehors, les yeux complètements perdus dans le vague, hystérique. J'échappai à ces coups comme elle se retournait vers moi vivement. Je l'attrapai par les cheveux pour la clouer au sol, mais je m'empêtrai dans le corps de mon agresseur précédent, et tombai à la renverse, toujours accrochée à sa tignasse poisseuse. Elle suivit le mouvement sans rien pouvoir faire, et nous nous retrouvâmes pêle-mêle sur le sol, la lame de son couteau à quelques centimètres de ma joue. Elle était plus forte que moi évidement, et je tentai à peine de lutter contre sa main qui s'approchait de mon visage, tournai la tête sur le côté, ce qui fut plus que douloureux d'ailleurs, et lui plantai mes dents dans l'avant bras, là où la chaire est plus tendre en général. Je mordis le plus fort possible, et je vis son visage passer par milles couleurs. Elle se débattit et pour finir arracha son bras de ma bouche. J'avais un morceau de sa chair entre les dents et je vomis instantanément. Quand je me relevai, elle avait quitté les lieux, et tous les présents me regardaient d'un oril inhabituel. Je venais de prendre du galon.
J'avais, depuis mon arrivée, perdu toute notion de bien et de mal, et je dois avouer que la mort de mon tyran me laissa complètement indifférente, et la disparition de la femme encore plus. Une légende court aujourd'hui je crois à son sujet, car on dit qu'une folle s'est jetée depuis la plus haute des passerelles, après avoir tuer son amant et sa fille (une légende quoi).
Après cet incident, les choses changèrent en bien, car les brimades furent moins fréquentes, mais en même temps je me lassai de leur compagnie et pris de plus en plus de distance. Encore une fois, la nourriture était trop peu abondante comme je refusais de la voler, et je ne pouvais pas dormir sous le même toit qu'eux, histoire de ne pas prendre de risques supplémentaires, ce qui compliquait pas mal l'organisation de ma survie.
Mon premier mouvement fut donc de me rendre à la taverne en face de la plate-forme. Mais Kéléthin est une ville étrange et il y avait un garde devant la porte ! Absolument convainque qu'il ne me laisserait pas passer, je rebroussai vivement chemin avant qu'il ne m'aperçoive, et passai un pont pour tenter ma chance plus loin.
La ville avait l'air extrêmement policée, et je ne pensais pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer mon sort dans ses conditions. Et je ne sais pas pourquoi, mais la présence visible de la garde un peu partout me mettait très mal à l'aise. Peu tentée par la mendicité, je devais absolument trouver un coin pour la nuit, et quelqu'un qui me confierait quelques petites missions contre de la nourriture. Instinctivement, je cherchais des yeux tout indice me permettant de trouver cela, en même temps que je tentai inconsciemment de m'isoler de la foule. Il y a vraiment trop de monde par ici, et trop de bruit aussi, sans parler du danger constant de la chute ! A plusieurs reprises je fus bousculée, et je failli même tomber une fois. Evidement moi qui n'étais jamais montée plus haut que sur les quais du port, je fus prise de vertiges et dus me recroqueviller dans un petit espace pour attendre la fin de mon malaise.
Ca commençait plutôt mal. Chaque bruit dans mon dos me faisait sursauter, chaque chose me paraissait incongrue et étrange, je venais de pénétrer une autre dimension.
J'ai mis plusieurs semaines avant de me sentir moins agressée par la ville, et je restai silencieuse, n'osant adresser la parole à personne, complètement dépassée par les événements. J'étais évidement déboussolée et perdue, et j'errais au petit bonheur la chance, sans même savoir si je tournais en rond ou pas. Je n'étais pas parvenue à trouver de la nourriture tous les jours, et personne ne me donnait de travail, alors que sur le port, il suffisait de rester plantée quelque temps devant un pêcheur pour que, irrité de se sentir regarder, il finisse par m'envoyer faire une course plus loin, en échange d'une pièce ou d'un poisson. Mais à Kéléthin, personne ne voyait personne, j'étais un fantôme parmi des revenants. Et plus le temps passait plus j'en étais convainque. Je faisais d'horribles cauchemars à ce sujet, l'orque m'avait tuée en fait, et j'étais condamnée à errer pour l'éternité dans un monde hostile et hermétique.
Un jour je finis par tomber sur un ivrogne qui mendiait. Son odeur était plus forte que la mienne encore, ce qui me fit tout à coup bien honte... je ne m'étais pas lavée depuis si longtemps que je ne me souvenais plus de l'avoir jamais fait ! Il fallait que je reprenne ma vie en main, ou tout du moins ce qu'il en restait. Je m'approchai de l'ivrogne et lui demandai de me montrer la direction du plus proche point d'eau. Il eu un rire dément.
- Espèce de garce de bâtarde, tu veux que je me noie ! Où que t'as vu que je bois de l'eau ! Casse-toi de mon estrade, ici c'est moi qui est le chef et toi tu te casses que j'te dis !
L'inspiration me vint d'un coup (j'avais vraiment trop besoin d'un bain) :
- c'qu'est sûr c'est que t'es le chef de ce taudis de merde, et que tu pues encore plus fort que moi, mais moi j'te dis que si tu pues que personne te donneras de pièces, pauvre naze, passque y zauront trop peur de choper des puces. Alors bordel tu me montres où qu'il y a de l'eau et tu me jettes pas passque je suis pas d'humeur, non mais !
L'autre resta pantois, l'oeil éberlué et la lèvre pendante.
Cette altercation m'avait fait un bien fou, je retrouvais tout à coup un peu de force. En fait j'étais folle de rage après moi et après l'univers de me retrouver dans une telle situation, et ce n'est pas ce type débile qui allait me barrer la route alors que je recommençais à vivre ! Il finit par réagir, et me dit de le suivre. Il avait l'air tout à coup beaucoup moins bête, mais toujours aussi saoul. Je le suivi jusqu'à une auberge que je n'avais pas encore vue il me semble, et nous entrâmes. A l'intérieur, quelques mendiants et autres coupe-jarrets, ainsi que des femmes quasi dénudées, étaient attablés et discutaient bruyamment.
C'est comme ça que je me fis mes premiers amis. L'assemblée m'accueillit avec quelques insultes bien senties, tandis qu'il faisait les présentations. J'eus ensuite droit à un vrai repas (pas du gruau cette fois) avec de la viande et du lait, et comme je m'entêtais à vouloir de l'eau, j'eus le droit de faire la vaisselle puis de me laver ensuite. J'en profitai pour faire tremper mes vêtements usés jusqu'à la trame afin d'en faire partir l'odeur. Quand je fus de nouveau habillée de sec et de (relativement) propre, je retournai les rejoindre, et fut instantanément désignée volontaire pour accompagner un porteur de message à l'autre bout de la ville.
Je passai quelques jours à me manger copieusement pour me remplumer, sous les bons soins de mon ivrogne, qui refusait toujours, lui, de se laver, au grand damne de mes narines. Nous ne nous parlions que méchamment, les agressions verbales étaient constantes. Il ne s'agissait pas de se détester, mais de ne pas s'aimer en fait, comme je le compris plus tard. Je trouve que l'un n'empêchait pas l'autre, mais je me gardai bien de faire remarquer à mes hôtes l'affection qu'ils me portaient malgré leurs airs bourrus. Je trouvais même cela amusant et je n'eus aucun mal à m'intégrer cette fois, ayant déjà entendu pratiquer ce type de langage sur le port. Puis vint le jour où je devais payer pour les services que l'on m'avait rendu, je n'avais que peu de possibilité : voler les passants pour améliorer notre ordinaire, servir de larbin à l'un ou à l'autre de mes congénères, ou bien « passer à la casserole ». Horrifiée à l'idée de me faire manger le lendemain midi, ahurie de croire que ces gueux étaient cannibales, et absolument dénuée de tous sens de la discrétion et du vol à la tire, je choisi donc l'option larbin, sans trop savoir à quoi m'attendre.
Je devais quelques mois de services seulement, et fis mon maximum pour ne pas m'endetter davantage quand je réalisai que mon « mentor » était de la pire espèce. Je fus donc l'esclave d'un salaud fini pendant ces mois-là, mais je savais que l'ivrogne me guettait de loin et que ma vie n'était pas en danger. La nourriture était tout de même vraiment moins abondante, et les tâches ingrates la plupart du temps. Je devais porter des messages, faire le guet, et m'occuper des affaires de mon maître - lessive, repas, femme pour la nuit -, et les coups de bâtons tombaient vite et fort. Je me rebellai à plusieurs reprises quand l'injustice était trop évidente, mais je n'eus jamais gain de cause. J'apprit à retenir mes larmes et à oublier la souffrance. J'avais toutes les peines du monde à maintenir mes vêtements en état de me couvrir et de cacher mes bleus. Je changeai de garde robe enfin, quand mon service auprès de cet ahuri fut achevé. Je ne trouvais pas mon sort dramatique, car je pouvais manger, et je ne craignais pas une volée de coup ; je parvenais même à m'échapper des mes obligations à plusieurs reprises. J'étais plutôt heureuse en fait, et je garde un très bon souvenir de cette période.
Quand j'eus finis de payer ma dette, on me laissa faire ce que je voulais, je fus à nouveau livrée à moi-même, mais je ne me sentis pas abandonnée pour autant, puisque dans le groupe, certains étaient plus « méchants » envers moi que d'autres, ce qui passait agréablement le temps. Je fis ma spécialité des répliques cinglantes et des insultes inventées sur le vif. Il faut dire qu'à leur contact, mon vocabulaire s'était passablement étendu dans certains domaines. Mais je restai très prudente toutefois de peur qu'un jour l'un d'entre eux ne s'en prennent à moi autrement qu'avec des mots ou des coups, car je savais très bien déjà comment un homme ivre se vautre sur une femme et lui fait mal, pour l'avoir vu faire en plein milieu de notre quartier général à quelques reprises. Je ne risquais rien en fait, vu mon âge, mais parfois l'alcool peut rendre fou...
J'avais appris aussi à laisser libre cour à ma colère, et j'étais plutôt de mauvaise humeur la plupart du temps, puisque cela était de mise. Un jour fait pas comme un autre, mon ancien mentor vint réclamer pour que je retourne à son service. Je ne me laissai pas faire puisque j'avais gagné mon indépendance. L'altercation qui suivit termina mal, j'eus droit à une bonne raclée mais pour la première fois je répliquai, et tapai tout mon saoul sur cet imbécile. Je n'étais évidement pas de force à lutter contre lui, mais une des femmes, dont j'ai parlé plus haut, vint à mon secours, et le planta entre les omoplates. Cela eut pour effet de me calmer aussitôt alors qu'elle était toutes griffes dehors, les yeux complètements perdus dans le vague, hystérique. J'échappai à ces coups comme elle se retournait vers moi vivement. Je l'attrapai par les cheveux pour la clouer au sol, mais je m'empêtrai dans le corps de mon agresseur précédent, et tombai à la renverse, toujours accrochée à sa tignasse poisseuse. Elle suivit le mouvement sans rien pouvoir faire, et nous nous retrouvâmes pêle-mêle sur le sol, la lame de son couteau à quelques centimètres de ma joue. Elle était plus forte que moi évidement, et je tentai à peine de lutter contre sa main qui s'approchait de mon visage, tournai la tête sur le côté, ce qui fut plus que douloureux d'ailleurs, et lui plantai mes dents dans l'avant bras, là où la chaire est plus tendre en général. Je mordis le plus fort possible, et je vis son visage passer par milles couleurs. Elle se débattit et pour finir arracha son bras de ma bouche. J'avais un morceau de sa chair entre les dents et je vomis instantanément. Quand je me relevai, elle avait quitté les lieux, et tous les présents me regardaient d'un oril inhabituel. Je venais de prendre du galon.
J'avais, depuis mon arrivée, perdu toute notion de bien et de mal, et je dois avouer que la mort de mon tyran me laissa complètement indifférente, et la disparition de la femme encore plus. Une légende court aujourd'hui je crois à son sujet, car on dit qu'une folle s'est jetée depuis la plus haute des passerelles, après avoir tuer son amant et sa fille (une légende quoi).
Après cet incident, les choses changèrent en bien, car les brimades furent moins fréquentes, mais en même temps je me lassai de leur compagnie et pris de plus en plus de distance. Encore une fois, la nourriture était trop peu abondante comme je refusais de la voler, et je ne pouvais pas dormir sous le même toit qu'eux, histoire de ne pas prendre de risques supplémentaires, ce qui compliquait pas mal l'organisation de ma survie.





