Aredhel aurait voulu que cet instant dure éternellement, elle sentait en elle bouillonner la haine qui l'avait maintenue en vie. Elle rit. Enfin ! Elle tenait à sa merci la créature à laquelle elle avait donné vie, elle allait enfin pouvoir réparer son erreur. Finalement cette histoire d'artefact n'était peut être qu'un prétexte, car elle savait bien que même sans cela, à cet instant précis, elle ferait exactement la même chose.
Elle fit jouer de sa dague sur la joue de Bruine qui ne tentait plus de se dégager. Sa bâtarde de fille n'avait plus aucun des pouvoirs si puissants qu'elle avait utilisés pendant la guerre. Ca n'en était que plus excitant. Mais là, sous ce porche, Aredhel savait qu'elle n'aurait pas le temps…
L'elfe des bois cracha au visage de sa fille qui ouvrit les yeux. Bruine trembla de plus belle, ses traits étaient extrêmement pâles. Aredhel peina à la maintenir au sol sous elle tant les tremblements se firent violents. Les yeux de sa fille s'étaient voilés, elle se débattait contre d'autres ennemis qu'elle, et il lui sembla alors qu'on lui avait volé sa victoire.
- Tant pis, je jouerai un autre jour. Fit Aredhel, un peu déçue.
Elle découpa les vêtements de Bruine d'un rapide coup de dague. Attaché au cou de sa proie, le bijou tant convoité pendait à une chaînette sans valeur : la Larme de Tunarë. Bruine avait reçu cet objet d'une façon mystérieuse, la rumeur prétendait que La Mère elle-même était sortie de sa retraite pour le lui apporter.
Aredhel ne se saisit pas tout de suite de l'objet, redoutant une protection quelconque. Elle incanta et des racines sortirent du sol, attrapant Bruine par les poignets et les chevilles. La magicienne se redressa, cédant au désir de faire durer cet instant encore. Son ennemie était à sa merci, et cette pensée la réjouissait tant que pendant quelques secondes elle rêva de garder sa proie ainsi sous sa coupe pour l'éternité.
Finalement elle se décida, sorti de sa botte un couteau sacrificiel. Aredhel s'agenouilla devant le corps convulsé de la rôdeuse, et psalmodia silencieusement une prière à son maître et dieu. Puis elle défit les vêtements de Bruine, et grava sur sa poitrine les mots rituels thexians du bout de sa lame. Le sang perla rapidement. Bruine soufflait et tremblait, son visage était tordu de douleur, mais elle ne cherchait pas à se libérer. Aredhel se pencha pour dessiner sur le front de Bruine le dernier symbole. Elle croisa son regard : bruine avait renoncé.
La magicienne fit une moue de dépit, mais n'arrêta pas son geste. Elle planta sa lame bien droite, visant le cœur. Au passage elle fit céder la chaîne dorée et la larme de verre roula sur le sol.
Aredhel fut rejetée contre le mur à quelques mètres de là, par une force soudaine et brutale. Elle tomba lourdement au sol, et entendit son bras craquer sous elle. Elle reteint un cri de douleur et jeta un coup d'œil rapide au corps de sa fille. Il n'y avait rien, ni personne. Elle tenta de se redresser et devant son nez, entre deux cailloux, elle vit la larme de verre brisée.
- Je suis la Larme, et je décide de qui vit et qui meurt. Aujourd'hui la Tempête reste en vie, et la messagère retourne auprès de son maître.
Aredhel vit une lueur se faire autour d'elle, elle eut à peine de le temps de lever la tête pour voir une petite forme dans l'ombre suspendue à plusieurs mètres du sol. Elle entendit un petit rire étrange, et fut téléportée.
Dans la nuit, invisible aux yeux des vivants et des morts, un corps inanimé lévitait en direction du Bois des Saules, suivit de près par une petite créature sombre.
26 juin 2006
29 avril 2006
[BG-2] Mille et une histoires -10-
Aredhel avait du mal à garder son calme. Depuis sa rupture avec Brekilien les choses n'avaient pas tellement avancé mais elle tenait enfin une piste. Dans d'autres lieux elle avait entendu bien des histoires au sujet de Bruine, et elle était tiraillée entre le désir d'en finir avec elle rapidement, et la peur de se confronter à un pouvoir qui la dépasserait probablement. Si Bruine l'avait toujours… L'elfe sauvage fut choquée quand elle remarqua que les Qeynosiens avaient pratiquement oublié l'existence de leur héroïne. Un instant elle eut même la sensation de comprendre un peu mieux sa fille, car elle aussi se sentait hors de cette époque. Toutes deux appartenaient à un autre âge. Même les elfes semblaient avoir oublié l'histoire.
Pourtant Aredhel souvenait de tout. Elle se remémora alors avec exactitude ce qui l'avait amenée là, les choix qu'elle avait dû faire, la passion qui l'avait animée et puis l'amertume et la haine qui l'avaient aidée ensuite à tout supporter. Puis elle fit comme elle avait l'habitude, elle chassa ses pensées inutiles de son esprit, fit taire la douleur qu'elle sentait poindre dans sa poitrine, et se remit en marche.
L'affaire devenait intéressante. Elle était parvenue à savoir qui fournissait Bruine en papier, et dans l'échoppe de ce nain imbécile elle avait tout de suite remarqué le bocal qui contenait ce que Bruine viendrait chercher rapidement : ces herbes mélangées qui, infusées avec une écorce particulière, permettaient d'atténuer les plus grandes douleurs, malgré d'autres effets néfastes et dangereux… Elle n'avait plus qu'à attendre.
Depuis elle surveillait personnellement la boutique de ce Ogrebane. La nuit tombante, elle entrait, en face, dans l'appartement d'un couple de kerra qu'elle avait soudoyé. Depuis leur balcon, elle pouvait à loisir surveiller les allées et venues.
Et ce soir là fut son soir de chance. Elle se mettait en place quand elle vit sa fille pénétrer dans la boutique. Bruine en ressortit quelques minutes plus tard. Aredhel était déjà redescendue et se mit à la suivre. Bruine longea les murs tâchant de rester dans la pénombre. Aredhel pressa le pas silencieusement, et dès qu'elle fut à hauteur, elle sauta sur la rôdeuse pour la pousser contre un mur dans l'ombre d'une porte cochère.
Surprise, Bruine ne pu esquiver le premier coup de dague. Sa mère essaya de l'immobiliser, mais ses réflexes de combats reprirent le dessus, et elle se dégagea en feintant de tomber au sol. Elle fit une roulade et se rétablit rapidement sur ses jambes. Bruine sortit une dague de sa botte. Les deux femmes se regardèrent un instant, face à face, prêtes à bondir pour fendre ou pour feinter.
Aredhel ne pouvait pas courir le risque de laisser sa fille incanter, elle se jeta sur elle la première, visant le cœur. Bruine para la lame en empoignant l'avant bras de sa mère, mais ne put empêcher le choc. Aredhel se récupéra sur elle. Les deux femmes roulèrent au sol. Bruine ne parvint pas à repousser sa mère, pourtant bien moins lourde qu'elle, et se retrouva rapidement couchée sur le dos sans pouvoir bouger. Sa blessure au flanc lui faisait un peu mal.
La Fierd'Al, assise sur sa proie, se rendit soudain compte de son état. Bruine soufflait et suait. Malgré la pression des mains de sa mère, ses bras tremblaient légèrement. Elle était visiblement en manque.
Aredhel eut un sourire, et maintenant Bruine au sol, elle fit jouer un instant sa lame sur la joue de sa fille.
- Petite pimbêche, voici l'heure de ta mort venue dirait-on.
Pourtant Aredhel souvenait de tout. Elle se remémora alors avec exactitude ce qui l'avait amenée là, les choix qu'elle avait dû faire, la passion qui l'avait animée et puis l'amertume et la haine qui l'avaient aidée ensuite à tout supporter. Puis elle fit comme elle avait l'habitude, elle chassa ses pensées inutiles de son esprit, fit taire la douleur qu'elle sentait poindre dans sa poitrine, et se remit en marche.
L'affaire devenait intéressante. Elle était parvenue à savoir qui fournissait Bruine en papier, et dans l'échoppe de ce nain imbécile elle avait tout de suite remarqué le bocal qui contenait ce que Bruine viendrait chercher rapidement : ces herbes mélangées qui, infusées avec une écorce particulière, permettaient d'atténuer les plus grandes douleurs, malgré d'autres effets néfastes et dangereux… Elle n'avait plus qu'à attendre.
Depuis elle surveillait personnellement la boutique de ce Ogrebane. La nuit tombante, elle entrait, en face, dans l'appartement d'un couple de kerra qu'elle avait soudoyé. Depuis leur balcon, elle pouvait à loisir surveiller les allées et venues.
Et ce soir là fut son soir de chance. Elle se mettait en place quand elle vit sa fille pénétrer dans la boutique. Bruine en ressortit quelques minutes plus tard. Aredhel était déjà redescendue et se mit à la suivre. Bruine longea les murs tâchant de rester dans la pénombre. Aredhel pressa le pas silencieusement, et dès qu'elle fut à hauteur, elle sauta sur la rôdeuse pour la pousser contre un mur dans l'ombre d'une porte cochère.
Surprise, Bruine ne pu esquiver le premier coup de dague. Sa mère essaya de l'immobiliser, mais ses réflexes de combats reprirent le dessus, et elle se dégagea en feintant de tomber au sol. Elle fit une roulade et se rétablit rapidement sur ses jambes. Bruine sortit une dague de sa botte. Les deux femmes se regardèrent un instant, face à face, prêtes à bondir pour fendre ou pour feinter.
Aredhel ne pouvait pas courir le risque de laisser sa fille incanter, elle se jeta sur elle la première, visant le cœur. Bruine para la lame en empoignant l'avant bras de sa mère, mais ne put empêcher le choc. Aredhel se récupéra sur elle. Les deux femmes roulèrent au sol. Bruine ne parvint pas à repousser sa mère, pourtant bien moins lourde qu'elle, et se retrouva rapidement couchée sur le dos sans pouvoir bouger. Sa blessure au flanc lui faisait un peu mal.
La Fierd'Al, assise sur sa proie, se rendit soudain compte de son état. Bruine soufflait et suait. Malgré la pression des mains de sa mère, ses bras tremblaient légèrement. Elle était visiblement en manque.
Aredhel eut un sourire, et maintenant Bruine au sol, elle fit jouer un instant sa lame sur la joue de sa fille.
- Petite pimbêche, voici l'heure de ta mort venue dirait-on.
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